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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 12:08
188 - Présentation au Kaiser

Le Kaiser lors de la semaine de Kiel de 1910.

Le capitaine de frégate de Faramond 1 a été nommé attaché naval à l’ambassade de Berlin en juin 1910, poste qu’il occupera jusqu’à la déclaration de guerre. Il fut officiellement présenté au Kaiser lors de la semaine de Kiel 2 de cette même année.

1 Gontran Marie Auguste de Faramond de La Fajole (1864-1950) avait été le premier attaché naval français à Washington, poste dans lequel il avait épousé une américaine, sœur de l’ambassadeur d’Allemagne aux Etats-Unis.

2 Compétition de voile dont la première se tint en 1882 et qui ne s’interrompit que lors des deux guerres mondiales. Durant son règne le Kaiser y assista tous les ans, participant même aux compétitions.

La ville de Kiel, située au fond d’un de ces « Faehrden », enfoncements longs et sinueux, qui sont la caractéristique de la côte orientale du Schleswig-Holstein, n’a rien de remarquable et le paysage alentour n’est pas enchanteur. C’est le travail de l’homme qui en a fait une cité industrielle et prospère. Cependant, grâce aux collines boisées qui la dominent et à ses nombreuses villas entourées de jardins, les charmes de la nature n’en sont pas exclus en été.

Guillaume II ne manque jamais de s’y rendre pendant la dernière semaine de juin, pour assister aux régates allemandes et y prendre lui-même une part active.

188 - Présentation au Kaiser

La flotte de haute mer rassemblée à cette occasion, la présence des princes et des grands dignitaires de l’Etat, le va-et-vient incessant de brillants uniformes, les saluts à coups de canon dont sont accompagnées les visites officielles, tout cela donne à la semaine nautique un caractère militaire et théâtral qui fait quelque peu sourire les yachtmen anglais ou américains venus pour participer aux régates. Mais Guillaume II y tient infiniment.

C’est dans ce cadre impressionnant qu’il m’a été donné d’être présenté à l’empereur d’Allemagne, lorsque j’ai été appelé aux fonctions d’attaché naval près l’ambassade de France à Berlin. Le commandant d’Andrezel 3, qui a vécu en Allemagne la crise de 1909 4, m’a dit en me remettant le service : « Je n’ai pas eu la guerre mais vous l’aurez. »

3 Charles Nouette d’Andrezel (1863-1930) était attaché naval à Berlin depuis le mois d’août 1907.

4 Crise politique en Allemagne suite à la publication par le Daily Telegraph d’une interview du Kaiser qui fit scandale en Allemagne. Elle provoqua des débats houleux au Reichstag et dans la presse et se solda par la démission du chancelier Bernhard von Bülow et son remplacement par Theobald von Bethmann-Hollweg.

Midi : sur le pont du yacht impérial Hohenzollern : Guillaume II, en petite tenue d’amiral de la flotte, me fait signe d’approcher et s’adressant à moi en français me souhaite la bienvenue, me pose quelques questions sur ma carrière, sur ma famille, se livre à quelques plaisanteries, pour me montrer qu’il possède notre langue jusqu’à l’argot 5 et clôt l’entretien par ces mots : « Lorsque vous nous connaîtrez, vous verrez que nous ne sommes pas des ogres. »

5 Voir : http://kaiser-wilhelm-ii.over-blog.com/2017/07/118-sprechen-sie-franzosisch.html

188 - Présentation au Kaiser

Quatre ans plus tard, en franchissant le canal de Kiel dans le train qui m’emportait vers la France avec M. Jules Cambon 6, dont le compartiment était surveillé par un soldat, revolver au poing, je me suis souvenu des paroles de l’empereur et la véritable étymologie du mot ogre m’est apparue : « oïgours, les Huns 7 ». 8

6 Ambassadeur de France à Berlin forcé de quitter le pays suite à la déclaration de guerre.

7 L’étymologie de ce mot est incertaine ; toutefois Emile Littré mentionnait une conjecture qui le faisait dérivé du qualificatif « hongrois », assimilé à celui de Huns. Les pauvres Oïgours actuellement persécuté par le régime impérialiste, criminel et corrompu de Pékin, ne sont donc pas en cause…

8 Souvenirs d’un attaché naval en Allemagne et en Autriche (Plon ; Paris, 1932) pp 1-3.

188 - Présentation au Kaiser

Flamme du Kaiserlicher Yacht Club.

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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 10:44

Dans l’avant-dernier billet, nous avons vu comment le baron Beyens, ambassadeur de Belgique en Allemagne, s’imaginait que le bon empereur Guillaume avait prémédité la déclaration de guerre de 1914. Pourtant, au printemps de cette année où il était censé tramer une guerre européenne il partait en villégiature en Grèce. Karl Dönitz, alors jeune officier sur le SMS Breslau 1, nous a donné un récit de ces vacances impériales, tout en nous décrivant quelques amusantes scènes de la vie maritime auxquelles assista le Kaiser.

1 Croiseur léger de la classe Magdeburg lancé le 16 mai 1911 ; il participait depuis 1913 au blocus de la côte du Monténégro au sein d’une escadre internationale dont la mission consistait à contraindre le roi Nicolas Ier à rendre le port de Scutari à l’Albanie.

187 - Séjour à Corfou au printemps 1914

Avant 1914, le Kaiser passait assez régulièrement des vacances de printemps dans son château de l’« Achilleion » 2, sur l’île grecque de Corfou, en Méditerranée. En 1913, du fait de la guerre des Balkans, à laquelle la Grèce avait participé, ce séjour n’eut pas lieu. Au printemps de 1914, par contre, le Kaiser projetait de prendre quelques jours de repos à Corfou.

2 Palais construit pour l’impératrice Elisabeth d’Autriche entre 1889 et 1891 et acheté par Guillaume II en 1907.

Son yacht, le Hohenzollern, entra en Méditerranée assez tôt afin de cueillir l’Empereur et l’Impératrice à Venise, où les souverains s’étaient rendus par la voie de terre, plus courte.

Le Breslau avait été désigné comme croiseur d’escorte pour la durée du séjour de notre monarque en Méditerranée et avait également reçu l’ordre de se porter à Venise. Là notre bateau mouilla bord à bord avec le Hohenzollern à l’entrée du Canale Grande devant la place Saint-Marc. Le Kaiser fut accueilli à la gare de Venise par le roi d’Italie dans la grande gondole officielle de l’ancien Etat de Venise. On pouvait voir de loin le rythme merveilleux dans lequel les quarante gondoliers, debout dans les costumes moyenâgeux écarlates, montaient ensemble deux marches pour porter leurs avirons en avant et les redescendaient ensuite en tirant sur les pales engagées dans l’eau. A la proue de la gondole battait le pavillon du Kaiser ; à l’arrière, dans le carrosse de l’embarcation, avaient pris place le roi d’Italie et son hôte impérial. Quand la gondole passa devant le Breslau, l’équipage rendit les honneurs. Nous, les officiers, étions sur le pont et saluions. Le Kaiser rendit le salut. Mais le cérémonial solennel fut interrompu brutalement : Fatzke 3, notre chien du bord, un fox-terrier, avait réussi à se libérer du local où nous l’avions prudemment enfermé avant l’arrivée de l’Empereur. Juste au moment où le Kaiser nous passait en revue, Fatzke fit son apparition et se faufila entre nos jambes, à la consternation générale. Mais le Kaiser cria vers le Breslau : « Bonjour, Fatzke ! » Car Guillaume II, lors de son voyage en Norvège, au cours de l’été 1912, avait fait cadeau de l’un de ses jeunes foxes au prince Henri et d’un autre aux officiers du Breslau. Nous eûmes ainsi l’occasion de constater, au printemps de 1914, qu’il n’avait oublié ni son cadeau ni le nom de notre chien.

3 « Poseur » en allemand ; son comportement en cette occasion va pleinement justifier son nom...

Le lendemain soir, il y eut une réception à bord du Hohenzollern en l’honneur du roi d’Italie. Nous autres jeunes enseignes n’étions, bien sûr ! pas du nombre des invités. Mais nous inspectâmes l’arrivée de ceux-ci depuis le pont du Breslau. Le spectacle paraissait intéresser tout autant les Vénitiens, venus en foule énorme sur la place Saint-Marc, aux bords du Canale Grande.

Le lendemain nous escortâmes le Hohenzollern à Corfou, où le Kaiser fut reçu par son beau-frère, le roi Constantin de Grèce 4. Le Breslau fut envoyé au Pirée, le port d’Athènes, à la rencontre de la reine Sylvie 5 de Grèce, sœur du Kaiser, pour la ramener à Corfou.

4 Constantin Ier (1868-1923) avait succédé à son père le roi Georges Ier assassiné par un anarchiste en mars 1913.

5 Sophie - et non Sylvie - de Prusse (1870-1932) avait épousé le Diadoque Constantin en 1889. En janvier 1914 elle avait assisté à Berlin aux cérémonies en l’honneur de l’anniversaire de son auguste frère (voir http://kaiser-wilhelm-ii.over-blog.com/2020/01/149-anniversaire.html).

Une pareille nouvelle avait de quoi intriguer de jeunes enseignes : une femme à bord d’un navire de guerre en mer ? Mais, après tout, ce n’était pas notre affaire ; elle occuperait certainement l’appartement du commandant, qui se contenterait pour une fois de sa cambuse sur le pont, et notre seule mission, à nous autres, serait de protéger le sommeil de la Reine et d’imposer un calme absolu aux alentours de sa cabine.

Mais les jours suivant donnèrent un total démenti à nos pronostics. La Reine apparut au Pirée en compagnie de sa fille, la princesse Hélène 6, alors une toute jeune fille et qui deviendra plus tard reine de Roumanie, et d’une dame de la Cour, également avec sa fille, amie de la jeune princesse. Voir monter à bord d’aussi gracieuses personnes n’était pas pour nous déplaire. Remplis de zèle, nous guettâmes les réactions de notre commandant, à qui incombait le soin de loger et d’assurer le confort de ces quatre dames. Comme c’était à prévoir, il s’acquitta de sa mission rapidement et bien à sa manière. Il y avait tout au bout du bateau, près d l’étambot, un local triangulaire qui, à chaque mouvement du navire, s’enfonçait et se soulevait au maximum ; par ailleurs, il se trouvait juste au-dessus des deux hélices, dont le bruit de moulin dans l’eau et le grondement en l’air, en cas de tangage constituaient la musique de fond permanente pour ce minuscule local de poupe ; ce coin ne servait que de magasin d’habillement pour le bateau, où l’on empilait les uniformes et chaussures de réserve. Pour les raisons précitées, ce local était impropre à loger quelqu’un. C’est pourtant sur lui que Loewenfeld 7 jeta son dévolu pour résoudre un problème qui nous paraissait, à nous autres jeunes, toujours à l’affût d’un impair de la part d’autrui, pratiquement insoluble. Nous entendîmes le commandant en second donner l’ordre de suspendre deux hamacs dans ce réduit minable. Puis, nous le vîmes se tourner vers mon camarade Wodrig et vers moi, les deux enseignes les plus jeunes : « Installez immédiatement vos affaires dans ces deux hamacs ; votre cabine double servira à la princesse et à son amie. »

6 Hélène de Grèce (1896-1982) épousera en 1921 le prince Carol, futur roi Carol II de Roumanie. Pour son action en faveur des Juifs de Roumanie pendant la guerre elle a reçu le titre de « Juste parmi les nations » en 1993.

7 Wilhelm Friedrich Julius Hans Wilfried Höffer von Loewenfeld (1879-1946) fut premier officier puis commandant du SMS Breslau.

187 - Séjour à Corfou au printemps 1914

Les femmes de la famille royale grecque peu avant la guerre (image tirée de la notice wikipedia de la princesse Hélène).

C’était tout. Il nous tourna le dos et il ne nous restait qu’à exécuter l’ordre. Le coup était d’ailleurs parfaitement régulier. C’était le revers de la médaille de cette visite féminine pour nous autres enseignes, mais nous l’acceptâmes de bon cœur. Car, en fin de compte, l’avers l’emporta de loin : le soir, nous fûmes conviés au salon du commandant, pour meubler l’entretien de la princesse et de son amie. Nous nous amusâmes énormément à divers jeux, tels les courses de chevaux, etc. Et quand ces dames descendirent à Corfou, nous en fûmes bien marris et ressentîmes même quelques scrupules à réintégrer notre cabine double occupée passagèrement par les deux jeunes filles.

En rade de Corfou, nous fûmes rejoints par notre croiseur de bataille Gœben 8, avec à son bord le contre-amiral Souchon 9, commandant la division de la Méditerranée. Nous effectuâmes ensemble nos exercices de tir, c’est-à-dire que nous halions les cibles quand le Gœben tirait et vice-versa. J’étais l’officier-cibles de notre croiseur, donc responsable du service de la ciblerie et devais aussi, après chaque salve, longer la cible avec un canot pour relever les points d’impact.

8 Croiseur de bataille lancé en 1911 affecté à la division de la Méditerranée ; lors de la déclaration de guerre, avec le SMS Breslau, il bombardera les ports de Bône et de Philippeville avant de se réfugier à Constantinople où il sera intégré au sein de la marine ottomane sous le nom de Yavuz Sultan Selim (il servira dans la marine turque jusqu’en 1950 et sera finalement ferraillé en 1973).

9 Wilhelm Anton Souchon (1864-1946) après avoir remis ses navires aux autorités ottomanes sera nommé commandant en chef de la marine turque.

187 - Séjour à Corfou au printemps 1914

Un jour, le Kaiser embarqua sur le Gœben pour assister à un tir de gros calibres. Les salves des pièces de 280 mm du Gœben sifflaient, ronflaient et tonnaient dans les airs quand je passai avec ma chaloupe à environ mille mètres de la cible remorquée par notre bateau. Les impacts des obus soulevaient d’immenses trombes d’eau. Par moments, la cible se trouvait entièrement couverte par ces geysers. Puis montèrent à mi-mât à la fois sur le Gœben distant d’environ dix mille mètres et sur le Breslau tout près, les pavillons « z », signaux rouges signifiant que le tir était terminé et que je pouvais longer les cibles avec ma chaloupe pour relever les résultats.

Le Breslau stoppa ; le Gœben approcha à toute vitesse, ma petite pinasse à vapeur, portant mon commando de colleurs, engoncés dans leurs bottes de marins et leurs gilets de sauvetage, se hâtait vers la cible, sautant des montagnes de lames et disparaissant dans les creux. Subitement, le moteur de mon canot se mit à cogner dur, puis s’arrêta. La raison de cette panne me sauta aux yeux. Lors du tir d’artillerie, le câble de remorquage de la cible avait été atteint et coupé et, depuis il flottait derrière la cible à quelque cinquante centimètres de la surface. Ne le voyant pas, nous nous étions dirigés en plein dessus avec notre pinasse. Le câble s’était alors enroulé plusieurs fois autour de l’hélice en mouvement, s’y était coincé et avait ainsi provoqué l’arrêt de la machine. Voilà donc notre pinasse immobilisée en pleine mer et incapable d’effectuer la moindre manœuvre. Sale affaire ! pensai-je. D’un instant à l’autre, le Gœben avec le Kaiser à bord va surgir pour examiner les points d’impact sur la cible et entendre mon rapport sur les résultats du tir. Et me voici pour comble bloqué en mer et incapable de longer la cible. Il ne restait qu’une solution : il fallait dégager le câble de l’hélice. Comme en pareil cas le câble se coince généralement très fort entre l’hélice et l’arbre d’hélice, il n’était pas question de le dégager ailleurs qu’au-dessus de l’eau, c’est-à-dire qu’il faudrait hisser la pinasse avec le bossoir du Breslau. Sinon, il ne resterait qu’à envoyer un plongeur jusqu’à l’hélice se trouvant à cinquante centimètres ou un mètre sous la surface ; celui-ci, muni d’un appareil de plongée, pourrait alors y travailler assez longtemps et en déployant toutes ses forces.

187 - Séjour à Corfou au printemps 1914

Mais, pour l’instant, aucune de ces deux solutions ne pouvait être envisagée. Prenant rapidement ma décision, je me déshabillai et plongeai sous la poupe de la pinasse pour atteindre l’hélice. J’y secouai le câble, mais dus remonter pour reprendre mon souffle. Un second, un troisième, voire un quatrième essai furent aussi infructueux l’un que l’autre. Le travail en plongée était trop épuisant pour un seul homme ; je dus appeler un officier marinier de l’équipage de ma chaloupe et alterner avec lui. Entre-temps, le Gœben s’était rapproché. Sur le pont du croiseur de bataille tous ces messieurs, en leurs uniformes blancs immaculés, examinaient à la jumelle ma pinasse, se demandant sans doute ce que pouvaient bien y fabriquer ces deux hommes nus. Tendu, à bout de souffle et furieux, je négligeai de passer au Gœben un message d’excuse et d’explication. Après tout, ils n’avaient qu’à se rendre compte eux-mêmes que j’avais un câble enroulé autour de mon hélice.

Après une demi-heure d’efforts, nous réussîmes effectivement à décoincer le câble. Epuisés et transis de froid, nous nous rhabillâmes, mon sous-officier et moi, longeâmes la cible et rendîmes compte au Gœben du résultat des tirs. A la suite de ces efforts de plongée et de travail sous-marin, mes mains tremblaient encore jusque tard dans la nuit. Mais à notre retour sur le Breslau, personne ne s’avisa de faire des allusions désobligeantes à notre incident avec le câble. Le fait d’avoir remédié à la panne par nos propres moyens était à lui seul une performance, qui clouait le bec au plus malveillant ; elle me valut, chose bien plus appréciable encore, un compliment de la part de Loewenfeld.

A la fin de la semaine, nous mouillâmes au large de Corfou, la plus belle et la plus verdoyante des îles grecques. Sa végétation luxuriante, qui la distingue des autres groupes d’îles grecques, arides et le plus souvent rocailleuses, Corfou la doit à sa situation septentrionale à l’entrée de l’Adriatique, grâce à quoi elle bénéficie encore des vents chargés de pluie qui soufflent dans cette partie de la mer. L’explorateur Ernst Häckel 10 décrit en termes enthousiastes, dans ses relations de voyage, ce charme unique de Corfou, dû à ces conditions climatiques.

10 Ernst Häckel (1834-1919) biologiste et philosophe à la fois libre penseur et pangermaniste qui fit connaître les théories de Darwin en Allemagne ; son nom fut donné en 1992 à un astéroïde.

J’y avais déjà séjourné comme cadet de la Marine avec le S.M.S. Hertha 11 et, en compagnie de mon ami Lamezan, avais parcouru ce beau pays insulaire, au cours de nos permissions du dimanche. S’il avait existé quelque part dans le monde, au cours de notre première croisière à l’étranger, un endroit capable de nous faire abandonner notre carrière de marin à peine entamée pour retourner au « plancher des vaches », c’est Corfou que nous aurions choisi, Corfou qui nous apparaissait déjà à l’époque comme un véritable paradis.

11 Croiseur protégé de la classe Victoria Louise lancé en 1897, devenu en 1908 navire école.

187 - Séjour à Corfou au printemps 1914

C’est dans ce paradis que le Kaiser avait acquis le château « Achilleion », qui avait appartenu à l’impératrice Elisabeth d’Autriche, épouse de l’empereur François-Joseph, assassinée en 1898. Il s’élevait dans un site féerique, au fond d’un parc féerique.

Au printemps de 1914, le Kaiser passa ses vacances dans cette résidence, cependant que le roi de Grèce habitait le château « Mon Repos » 12, à proximité de la ville de Corfou.

12 Palais construit en 1831 par le gouverneur anglais des Iles Ioniennes et racheté par le roi des Hellènes en 1864 après l’annexion de celles-ci au royaume de Grèce pour servir de résidence d’été à la famille royale ; le prince Philippe de Grèce et de Danemark, futur duc d’Edimbourg, y naîtra en 1921.

Quand le Gœben et le Breslau faisaient relâche au port de Corfou, nous entrions en contact avec la résidence de vacances des monarques. Outre la princesse Hélène, le jeune prince Paul, futur roi de Grèce, décédé en 1964 13, avait rejoint ses parents à « Mon Repos ». Un samedi matin devaient avoir lieu des régates entre les deux meilleurs « huit » du Gœben et du Breslau. La chaloupe du Gœben était commandée par l’enseigne de vaisseau Kümpel, celle du Breslau par l’enseigne de vaisseau Dönitz. Comme invités d’honneur, la chaloupe du Gœben portait la princesse Hélène, la mienne le prince Paul.

13 Paul de Grèce et de Danemark (1901-1964) était le troisième fils du roi Constantin Ier. Il épousera en 1938 la princesse Frederika de Hanovre (1917-1981) petite-fille du Kaiser et sera le père de Constantin II, dernier roi des Hellènes ainsi que de la reine Sophie d’Espagne, épouse du roi émérite Juan Carlos.

187 - Séjour à Corfou au printemps 1914

Le prince Paul jeune (image tirée de sa notice wikipedia).

Pour respecter la vérité historique, il convient de noter que la victoire revint à la chaloupe du Breslau. Mais le prince Paul et moi eûmes un geste de galanterie. Tout près du but, alors que la chaloupe du Gœben se trouvait encore à une longueur derrière nous, je dis au prince Paul : « Nous nous devons de laisser la victoire à votre sœur. » J’ordonnai à l’équipage : « Mâtez les avirons ! » si bien que la chaloupe du Gœben put dépasser la nôtre.

Le roi de Grèce voulut présenter au couple impérial allemand des danses populaires en costumes régionaux des différentes provinces grecques. La reine de Grèce avait pris la direction des préparatifs et prié les officiers du Breslau de l’aider à l’aménagement de la tente réservée à ses hôtes impériaux.

Pour nous, cette mission était simple. Le mérite en revint, en définitive et une fois de plus, à Loewenfeld. Dès notre arrivée en Asie mineure, en 1913, nous portâmes le plus grand intérêt aux tapis d’Orient, tant pour ceux que nous vîmes à terre que pour d’autres que des marchands ambulants nous offraient. Chacun de nous fit l’acquisition de l’une ou l’autre pièce pour l’exhiber ensuite fièrement à bord. Mais c’est alors qu’intervenait l’examen critique de Loewenfeld ; la plupart du temps, la sentence tombait nette et impitoyable, formulée en une phrase lapidaire : « Je n’en voudrais pas pour la plus minable des chambre d’amis. »

Il ne se trompait jamais. C’était un expert en tapis d’Orient, un art qui le passionnait depuis des années. Parmi ses livres à bord, il possédait d’ailleurs le magnifique volume édité par le Musée de Vienne sur l’Histoire de l’art des Tapis d’Orient. C’est Loewenfeld qui nous initia peu à peu, durant notre séjour en Méditerranée, à l’art difficile d’acheter un tapis, c’est-à-dire à distinguer entre d’authentiques pièces, toutes nouées mains, certes, celle qui, au lieu d’avoir été fabriquées dans un grand atelier standardisé, avait été nouée de façon artisanale à domicile dans les teintes et suivant des modèles traditionnels. C’est Loewenfeld qui nous apprit à reconnaître les différents styles de tapis de Turquie, de Perse, du Caucase, d’Asie centrale ou de Chine et à savoir quelle bordure, par exemple, convenait à tel motif central d’un tapis orthodoxe. Nous sûmes apprécier les magnifiques couleurs végétales des vieilles productions artisanales, de préférence aux coloris chimiques des produits modernes. C’est ainsi que, sous la direction de Loewenfeld, nous acquîmes petit à petit un aperçu sur la splendeur unique de l’art du tapis d’Orient. Les pièces que nous avions achetées au début furent liquidées ; quant aux tapis d’Asie centrale, tels que les boukhara, les afghans, les tekke turkmènes, avec leurs dessins durs, monotones et géométriques, ils ne nous intéressaient que médiocrement. Nous considérions comme dignes d’intérêt, en premier lieu, le pur tapis de Perse, avec ses motifs de fleurs que la femme nomade avait tissé dans la trame, en souvenir nostalgique d’une oasis en fleurs, cependant qu’elle séjournait dans la steppe aride. Mais les tapis d’Asie mineure également jouissaient de nos faveurs. Je possédais, par exemple, un vieux « ghiordes », d’une telle beauté de coloris en jaune et bleu, c’est-à-dire de safran et d’indigo, que je ne me lassais jamais d’en admirer les teintes.

Lors de nos fêtes officielles à bord, nos tapis servaient à décorer le pont et à créer une ambiance de confort et de luxe pour nos hôtes.

187 - Séjour à Corfou au printemps 1914

Tente élevée avec le pavois d’un navire lors d’une précédente visite de Guillaume II à Corfou.

C’est ainsi que nos tapis firent les frais pour parer la tente impériale à Corfou, lors de la présentation des danses folkloriques grecques.

Tous les officiers du Gœben et du Breslau étaient invités à ces représentations. Celles-ci furent extrêmement pittoresques et intéressantes. Je fus cependant encore davantage captivé, avec tout le respect qui s’imposait, par le couple impérial et ses hôtes royaux, qui se tenaient assis ou debout dans leur tente ouverte en forme de baldaquin, sur nos tapis d’Hérat, de Ferrachin et de Chorassah, et prenaient manifestement plaisir à la présentation.

A l’issue des vacances impériales à Corfou, en mai 1914, le Gœben et le Breslau escortèrent le Hohenzollern jusqu’à Trieste. 14

14 Amiral Dönitz Ma vie mouvementée (Julliard ; Paris, 1969) pp. 86-96.

187 - Séjour à Corfou au printemps 1914
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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 18:47

Après trois ans de fermeture et deux ans de travaux, les bains municipaux de Strasbourg (Städtische Badeanstalt en allemand)) viennent de rouvrir. Ils avaient été bâtis entre 1905 et 1908 sous la direction de Fritz Beblo 1, dans le cadre de la politique hygiéniste et sociale du maire Rudolf Schwander 2, indispensable dans une ville qui avait vu sa population doubler depuis son intégration dans l’empire allemand.

1 Friedrich Karl Ewald Beblo (1872-1947), architecte allemand, fut maître d’oeuvre à Strasbourg de 1903 à 1918, date à laquelle il fut contraint de retourner en Allemagne.

2 Rudolf Schwander (1868-1950) fut maire de Strasbourg de 1906 à 1918 ainsi que Statthalter d’Alsace-Lorraine en octobre-novembre 1918.

Installés au sein du quartier de la Neustadt, aussi appelé quartier allemand, ils disposaient de deux bassins, de salles de bains, de douches publiques et de « bains romains » (saunas, hammams et douches chaudes) auxquels s’ajouta en 1910 une annexe médicale. Les bâtiments et leurs installations intérieures n’ayant presque pas été transformés depuis leur construction, furent inscrits à l’inventaire des monuments historiques en 2000 puis classés en 2017 3. les travaux qui viennent de s’achever ont conservé les bâtiments et leurs installations intérieures si bien qu’il s’agit aujourd’hui du dernier exemple de bains wilhelmiens toujours en activité.

3 Notice PA67000046 dans la base Mérimée du ministère de la Culture.

Pour la petite histoire, ces bains ont servi de décor pour le tournage du clip de la chanson Madame tout le monde de Patricia Kaas.

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 22:07
185 - Guillaume II et la France

Le baron Beyens (portrait tiré de sa notice biographique sur wikipedia).

Le baron Beyens 1 fut nommé ambassadeur de Belgique à Berlin en 1912. Il y fut un observateur avisé de la vie politique allemande et, en dépit d’une animosité rétrospective contre le Kaiser du fait de la guerre, il brossa un remarquable portrait de l’évolution de ce dernier envers la France. 2

1 Eugène Beyens (1855-1934) avait été nommé ambassadeur à Téhéran en 1896 puis à Bucarest en 1898 avant de devenir Ministre de la Maison du Roi Albert Ier au début de l’année 1910 ; c’est le départ à la retraite du comte Greindl qui le fit nommer en Allemagne.

2 Baron Beyens L’Allemagne avant la guerre – les causes et les responsabilités (Librairie nationale d’art et d’histoire G. van Oest et Cie, éditeurs ; Bruxelles et Paris, 1915) pp. 21-24.

 

La France a toujours été aux yeux de Guillaume II l’adversaire principal. La pensée de se réconcilier avec elle a hanté cependant, à diverses occasions, son cerveau romanesque, mais sans qu’il songeât un seul instant à lui restituer ou à neutraliser l’Alsace-Lorraine, questions résolues définitivement par les victoires de 1870 et le traité de Francfort, sans qu’il admît même de lui complaire en accordant une constitution plus libérale aux provinces conquises 3. Le vœu de quelques Français, partisans d’un rapprochement franco-allemand, de voir l’Alsace-Lorraine jouir d’une autonomie complète à l’instar d’un Etat confédéré, de la Bavière ou de la Saxe, était qualifié à Berlin d’ingérence insupportable dans les affaires intérieures de l’Empire.

3 Il s’agissait effectivement là de la principale entrave à un rapprochement entre les deux pays, la France n’ayant jamais accepté cette clause du traité de Francfort qu’elle avait pourtant signé et oubliant encore que l’Alsace n’était précédemment devenue française que par droit de conquête officialisé par le traité de Ryswick (1697)...

185 - Guillaume II et la France

Sceau en papier du Statthalter d’Alsace-Lorraine.

Mais l’Empereur a cru de bonne foi, à plusieurs reprises, qu’il pourrait améliorer les relations entre les deux pays, diminuer la tension entre Paris et Berlin 4, frayer même la voie à de bons rapports à venir, en traitant avec une distinction flatteuse des Français et des Françaises, célébrités parlementaires, artistiques et mondaines, qui visitaient l’Allemagne 5. Ce sont ces intentions individuelles agrémentées de sourires et de politesse à l’adresse du gouvernement républicain ou de personnages en évidence, qu’il considérait comme des avances. Ses conversations avec Coquelin 6 et Mlle Garnier 7 ont amusé les Parisiens qui le remerciaient par un comte rendu de journal aimablement troussé et se croyaient quittes envers lui. Les gracieusetés impériales ont-elles été suivies d’une nouvelle orientation de la politique allemande plus favorable à la France ? Il n’en fut jamais question. Des offres de collaboration ou d’association dans des entreprises économiques, intéressant les ressortissants des deux pays au Maroc, furent faites, sans aucun succès d’ailleurs, après l’accord de 1909 8 ; mais il ne faudrait pas les attribuer au bon vouloir de Guillaume II pour des voisins qu’en réalité il détestait. C’est par sa séduction qu’il prétendait les conquérir ; en quoi sa vanité l’abusait, bien qu’à certains moments et sur sa réputation de pacifiste, sa personne n’ait pas été impopulaire à Paris.

4 Voir mes billets http://kaiser-wilhelm-ii.over-blog.com/article-18-104248139.html et http://kaiser-wilhelm-ii.over-blog.com/article-43-avances-a-felix-faure-119051860.html.

5 Voir par exemple le récit fait par Jules Simon de son voyage à Berlin en 1890 à l’occasion de la conférence internationale sur le travail in Quatre portraits (Calmann-Lévy ; Paris, 1896) pp. 227-288 – cet ouvrage est librement accessible sur https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1165687m/f1.item.

6 Benoît Constant Coquelin (1841-1909), dit Coquelin aîné, acteur de la Comédie française pour qui le Kaiser professait une grande admiration (voir : http://www.regietheatrale.com/index/index/thematiques/Francine-Delacroix/Constant-Coquelin-par-Francine-Delacroix.html).

7 Marie Garnier, chanteuse lyrique.

8 La crise de Tanger de 1905 s’était achevée avec la conférence internationale d’Algésiras en 1906, laquelle avait été suivie par un certain nombre d’accords bilatéraux.

185 - Guillaume II et la France

Il était revenu depuis quelque temps de ces accès de bienveillance, après en avoir constaté l’inutilité, et il accentuait au contraire, à l’égard des voyageurs français qui lui étaient présentés, ses manières hautaines et cassantes dans les derniers mois avant la guerre 9. Il a dit alors devant moi, en février 1914, un soir de bal à la Cour, dans une conversation à laquelle prit part mon compatriote et ami, le baron Lambert 10, cette phrase plus pittoresque que conforme à la vérité, qu’il aimait à répéter, car il s’en était déjà servi avec d’autres diplomates : « Souvent j’ai tendu la main à la France : elle ne m’a répondu que par des coups de pied ! » Son amertume se répandit ensuite contre la presse parisienne, qui attaquait l’Allemagne journellement et sans mesure. Il finit sur un ton grave par déclarer avec cette mimique expressive qui donnait tant de poids à ses paroles, « qu’on devait prendre garde, à Paris, parce qu’il ne serait pas toujours là ! » 11 Or, lorsqu’il discourait ainsi, la guerre était déjà résolue dans son esprit, comme on le verra plus loin 12. Que signifiait donc ce langage ? Etait-ce, de sa part, comédie, duplicité ? Fallait-il y voir plutôt le souci d’accumuler des griefs, pour justifier ses actes futurs ?

9 Ici encore, je me permettrai de renvoyer le lecteur à mon billet http://kaiser-wilhelm-ii.over-blog.com/2017/10/121-derniere-visite-a-l-ambassade-de-france.html

10 Léon Lambert (1851-1919), financier belge d’origine juive avait été le banquier du roi Léopold II ; il avait épousé Zoé de Rothschild, fille du baron Gustave de Rothschild, en 1882 et s’était vu concéder la noblesse héréditaire avec le titre de baron en 1896.

11 Cette phrase prend toute sa saveur si l’in se souvient que son potentiel successeur, le Kronprinz Frédéric-Guillaume, était considéré comme l’homme du parti militariste et des pangermanistes.

12 S’il est certain qu’à cette époque Guillaume II pensait la guerre avec la France comme inévitable, rien ne prouve qu’il était déjà convaincu de son déclenchement imminent ni, a fortiori, qu’il l’avait déjà décidée (voir Christopher Clark Les somnambules : été 1914, comment l’Europe a marché vers la guerre ; Paris, Flammarion 1913).

Puisqu’il se faisait remettre régulièrement les coupures des organes nationalistes où son gouvernement était malmené, que n’en lisait-il la contrepartie : les diatribes quotidiennes des journaux de son pays contre la France et le président Poincaré, visé particulièrement par la presse pangermaniste 13 ? Certainement, cette guerre de plume était dangereuse autant que déplorable dans l’intérêt de la paix, mais elle était menée des deux côtés dans le ton et le style propres à chacune des deux races. Il suffirait, pour se faire une idée de la mauvaise foi, de la morgue et de l’insolence de certains publicistes allemands, de relire quelques-uns des articles dont le Dr Th. Schiemann 14, qui eut son heure de popularité et de faveur à la cour de Berlin, régalait chaque mercredi matin, dans sa revue politique de la semaine, les lecteurs francophobes et russophobes de la Gazette de la Croix 15.

13 L’élection à la présidence de la république du rigide lorrain Raymond Poincaré après Armand Fallières, méridional débonnaire, en février 1913 fut interprétée dans le Reich comme un signe de la volonté française de prendre sa revanche sur l’Allemagne.

14 Theodor Schiemann (1847-1921) historien, archiviste et universitaire pangermaniste

15 La Neue Preussische Zeitung (plus connu sous le diminutif de Kreuzzeitung du fait de la croix de fer qui ornait son titre) avait été fondée en 1849 par Otto von Bismarck et quelques autres politiciens conservateurs. Au début du XXe siècle elle professait des idées très réactionnaires et antisémites. Le 29 août 1937 les nazis annoncèrent qu’ils en avaient pris la direction et elle cessa de paraître le 31 janvier 1939.

185 - Guillaume II et la France

Au lendemain d’Agadir 16, la guerre avec la France avait pris tout à fait dans l’esprit de Guillaume II l’aspect d’une nécessité inéluctable. Le 5 et le 6 novembre 1913, le roi des Belges fut son hôte à Potsdam, en revenant de Lunebourg où il avait fait une visite de courtoisie et d’usage au régiment de dragons dont il était le chef honoraire. Pendant ce séjour, l’Empereur annonça au roi Albert que la guerre avec la France était à ses yeux « inévitable et prochaine ». Quelle raison donnait-il de cette conviction pessimiste qui impressionna d’autant plus son royal visiteur que la croyance aux sentiments pacifiques de l’Empereur allemand n’était pas encore altérée en Belgique ? C’est que la France voulait elle-même la guerre et qu’elle s’armait rapidement dans cette intention, comme l’indiquait le vote de la loi sur le service militaire de trois ans 17.

16 En 1911, le sultan Moulay Abdelhafid menacé par une révolte demanda l’aide militaire de la France qui s’empressa de la lui accorder. Le Kaiser, considérant que cette intervention violait les clauses des accords d’Algésiras envoya en rade d’Agadir la canonnière Panther pour défendre les intérêts allemands au Maroc, déclenchant ainsi une confrontation directe avec la France qui ne sera réglée qu’en 1912 par le traité de Fès.

17 Le gouvernement français, inquiet de la différence démographique entre la France et l’Allemagne, avait réussi non sans oppositions politiques internes a faire adopter le 7 août 1913 une loi qui portait la durée du service militaire de 2 à 3 ans, faisant ainsi passer les effectifs de l’armée française de 480000 à 750000 hommes. Vu de l’autre côté de la ligne bleue des Vosges, cette mesure fut prise pour une volonté française de préparer une guerre de revanche contre l’Allemagne (Voir l’article de Gerd Krumeich dans l’ouvrage collectif Les armes de la Grande guerre ; éditions Pierre de Taillac, Paris 2018).

185 - Guillaume II et la France

Le Kaiser et le général Pau lors de manœuvres impériales avant guerre.

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 10:27
184 - Soupe de pommes de terre de l'empereur Guillaume

Cliché tiré de la page : https://www.chefkoch.de/rezepte/1637431271323979/Kartoffelsuppe-a-la-Kaiser-Wilhelm-von-Sarah.html

Alors que l’automne s’est bien installé avec ses premiers frimas matinaux, j’ai découvert sur internet l’existence puis la recette de la Kartoffelsuppe nach Kaiser Wilhelm ou soupe de pommes de terre de l’empereur Guillaume. C’est donc ce roboratif plat de saison que je vous propose aujourd’hui.

 

Ingrédients (pour 8 personnes) :

750 g. de pommes de terre,

500 g. de poitrine de bœuf,

2 saucisses à griller,

50 g. de beurre,

1 tasse de crème fraîche,

1/2 tasse de feuilles de cerfeuil frais hachées,

1 cuillère à café de sel de céleri,

2 cuillères à café de sel.

Préparation :

rincez la viande et la cuire dans une casserole avec 2 litres d’eau, le sel de céleri et le sel pendant 40 minutes ;

pendant ce temps, épluchez les pommes de terre, lavez-les, coupez les en cubes, et faite fondre le beurre pour griller les cubes de pommes de terre en les retournant pendant 10 minutes ;

sortez la viande du bouillon et coupez là en petits cubes ;

remettez ces cubes de viande dans le bouillon avec les pommes de terre et le reste de beurre fondu ;

cuire le tout 20 minutes, les cubes de pommes de terre devant « fondre » pour se transformer en pulpe ;

ajoutez la crème et les feuilles de cerfeuil ;

rajoutez les saucisses préalablement grillées puis coupées en rondelles.

Cette soupe se sert chaude avec du pain brun grillé.

 

Si ces indications ne vous suffisaient pas, je vous propose un « tutorial » (en VO pour ne rien trahir de l’esprit de la gastronomie germanique) qui s’étend plus longuement sur chacune des étapes de la préparation de ce plat :

Ceci posé, je dois confesser à mes lecteurs que je n’ai jamais goûté à cette soupe et que, contrairement à ce que j’espérai initialement, l’empereur Guillaume à qui elle se rapporte n’est pas Guillaume II mais son vénérable grand-père… Bon appétit tout de même !

184 - Soupe de pommes de terre de l'empereur Guillaume

Une nouvelle fois je dois remercier Franck Sudon pour sa traduction de la recette. Comme je l’ai un peu retravaillée, les erreurs ou imprécisions qui y demeureraient me sont entièrement imputables.

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 19:38
183 - Année 1885

En 1885 le futur Guillaume II avait 26 ans.

Politique

26 janvier : les mahdistes s’emparent de Khartoum où le général britannique Gordon est tué

183 - Année 1885

Timbre soudanais de 1935

26 février : acte final du Congrès de Berlin sur le partage de l’Afrique

183 - Année 1885

Timbre publicitaire tiré d’une série sur la vie de Bismarck

27 février : la Deutsche Ost Afrikanische Gesellschaft établit un protectorat sur une bande côtière du Tanganyika

183 - Année 1885

4 mars : entrée en fonction de Grover Cleveland comme président des Etats-Unis

183 - Année 1885

1er août : Léopold II de Belgique proclame sa souveraineté personnelle sur l’état indépendant du Congo

183 - Année 1885

25 novembre : régence de la reine Marie-Christine de Habsbourg-Teschen (enceinte), suite au décès de son époux Alphonse XII

183 - Année 1885

Timbre des Philippines espagnoles de 1889

Sciences et techniques

19 juin : arrivée à New-York des éléments de la statue de la liberté

183 - Année 1885

Timbre français de 1986

6 juillet : Louis Pasteur pratique la première vaccination contre la rage

183 - Année 1885

Timbre français de 1923

John Dunlop invente le pneu en caoutchouc

183 - Année 1885

Bloc timbre de Guinée Bissau de 2006

Arts

Suite de la publication d’Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche

183 - Année 1885

Timbre guinéen de 1998

24 octobre : création du Baron tsigane de Johann Strauss fils à Vienne

183 - Année 1885

Timbre allemand de 1999

Naissances

21 février : Sacha Guitry, acteur et cinéaste français

183 - Année 1885

Timbre français de 1986

14 mai : Otto Klemperer, chef d’orchestre allemand

183 - Année 1885

Timbre allemand de 1985

5 juin : Georges Mandel (ci-devant Louis Rothschild), futur collaborateur de Clemenceau et victime de Vichy

183 - Année 1885

Timbre français de 1964

11 novembre : George Patton

183 - Année 1885

Timbre américain de 1953

Décès

14 février : Jules Vallès, gauchiste

183 - Année 1885

Timbre français de 1982

22 mai : Victor Hugo, hélas plus grand écrivain français

183 - Année 1885

Timbre français de 1933

23 juillet : Ulysse S. Grant, ancien président des Etats-Unis

183 - Année 1885

Timbre américain de 1894

25 novembre : Alphonse XII, roi d’Espagne

183 - Année 1885
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1 octobre 2021 5 01 /10 /octobre /2021 19:24
182 - Au Pirée

Photographie du Pirée dans les années 1890.

Le 3 septembre 1888, en dépit de l’opposition de leurs familles respectives, le diadoque Constantin de Grèce 1 et la princesse Sophie de Prusse 2 s’étaient officiellement fiancés, leur mariage devant être célébré à Athènes à l’automne de l’année suivante. A l’occasion de cette dernière cérémonie, le Kaiser se déplaça en Grèce et envoya quelques navires de guerre au Pirée pour faire honneur aux jeunes mariés. Sur l’un d’eux se trouvait Gustave Steinhauer qui venait de servir en Afrique orientale allemande.

1 Constantin (1868-1923), fils du roi Georges Ier, connaîtra un règne agité puisqu’il sera roi des Hellènes de mars 1913 à juin 1917 puis de décembre 1920 à septembre 1922 et mourra en exil.

2 Sophie Dorothée Ulrique Alice de Prusse (1870-1932) était fille de l’empereur Frédéric III d’Allemagne et donc sœur cadette de l’empereur Guillaume II.

182 - Au Pirée

Le prince Constantin et la princesse Sophie au moment de leurs fiançailles (photographie tirée de la notice wikipédia de la princesse).

Nous quittâmes Alexandrie et jetâmes l’ancre au Pirée le 24 octobre 1899. Le séjour à Athènes reste un de mes plus beaux souvenirs. Comme nous étions, pour ainsi dire, invités à la noce, nous reçûmes, de la population grecque, un accueil enthousiaste. Bien que presque toutes les nations du monde fussent représentées aux noces par des vaisseaux de guerre et qu’Athènes fourmillât de marins de tous les pays c’est à nous autres Allemands qu’allaient les témoignages de sympathie. Les femmes, aussi bien celles du demi-monde que celles du monde, montraient ouvertement qu’elles nous donnaient la préférence. On racontait que de nombreux officiers, sous-officiers et marins avaient ainsi perdu leurs montres et d’autres petits objets précieux, mais l’amitié n’en souffrît pas. Dans la fraternisation générale, qui s’étendait des époux princiers au plus petit marin, le sentiment du mien et du tien s’était perdu.

Nous étions depuis trois jours à Athènes lorsque l’Empereur vint à bord de notre navire pour en faire l’inspection et saluer l’équipage. C’est à cette occasion que je le vis et que je l’entendis pour la première fois. Nous étions six hommes à bord qui, affirmait le commandant, s'étaient distingués en Afrique orientale lors de la conquête de Bagamoyo et de Tanga 3. C’est pourquoi il nous avait proposé pour être décorés et nous désigna pour monter la garde d’honneur.

3 En 1885, avec l’accord de Bismarck, la Compagnie de l’Afrique orientale allemande avait pris pied dans l’actuelle Tanzanie et, en 1888, elle loua au sultan de Zanzibar, seigneur du lieu, une bande de terres le long de la côte, poussant les populations arabes qui l’occupaient à prendre les armes dans le cadre de la révolte d’Abushiri ; c’est à la répression de cette insurrection qui mena à la réduction du territoire en colonie que participa Gustave Steinhauer. Bagamoyo était la capitale du territoire et Tanga l’un de ses principaux ports.

182 - Au Pirée

L’Empereur salua chacun de nous, nous tendit la main et demanda par quelle action d’éclat nous avions mérité notre décoration. Je lui racontai brièvement ce qui s’était passé lors de la prise d’assaut de Tanga : les noirs s’étaient barricadés derrière leurs paillotes en feu et avait fait pleuvoir sur nous une grêle de balles alors que nous les attaquions en criant « Hourra ».

L’Empereur m’écouta attentivement, s’enthousiasma en entendant ma description, ferma le poing et dit en faisant le geste d’abattre un ennemi :

‒ J’espère bien que vous leur avez donné ensuite une bonne raclée ?

‒ Quant à ça, pour sûr !

Il se mit à rire et questionna :

‒ Est-ce que ces gaillards visaient bien ?

Je répondis véridiquement :

‒ Non, Sire, ils ne tiraient pas avec de vraies balles, mais ils chargeaient leurs vieux fusils avec toutes sortes de vieux morceaux de fer qui allaient toujours trop haut.

L’Empereur répondit :

‒ Dans ce cas c’était une chance pour vous, mais n’imitez pas leur exemple et ne tirez pas trop haut.

Après s’être entretenu avec chacun de nous il nous fit un petit discours :

‒ J’ai éprouvé une grande joie de pouvoir vous distinguer sur la proposition de votre commandant. N’oubliez jamais que vous portez, au ruban noir et blanc, la plus haute décoration prussienne que votre Empereur lui-même n’a pas le droit de porter. C’est une gloire que je vous envie. J’espère que vous continuerez à me faire honneur et à faire honneur à votre patrie !

182 - Au Pirée

Le Kaiser passant des matelots en revue.

Le discours terminé, il se rendit dans le carré des officiers où il fit un autre discours à ceux d’entre eux qui avaient été décorés.

Nous avions parmi nos officiers, un certain lieutenant B…, un homme long comme une perche, que nous détestions cordialement, car sa plus grande joie était de nous tourmenter. Il commandait, lors du bombardement d’une position arabe ennemi, le tir du navire et les hommes qui étaient sous ses ordres eurent bientôt remarqué qu’il était incapable de remplir son rôle. Il était nerveux et ne savait pas pointer le canon de sorte qu’aucun coup n’atteignit le but proposé. Il n’avait qu’à surveiller notre manœuvre et, lorsque tout était prêt, à crier « Feu ». J’étais placé à côté du canon et j’attendais son commandement pour tirer mais il fallait auparavant donner trois tours à la vis-culasse 4. Nous avions tiré six coups lorsque sur son commandement je tirai le septième. Avec un bruit effroyable la vis-culasse sauta hors de la culasse et atteignit le marin qui venait de charger le canon, en plein ventre, en même temps une flamme m’atteignait entre la hanche droite et le bras me brûlant grièvement. Le lieutenant n’avait pas vu que la vis était encore tournée. Le malheureux matelot qu’on avait d’abord cru mort, fut longtemps malade ; quant à moi, outre les brûlures, j’avais encore reçu de la poussière de poudre dans les yeux et il fallut me soigner pendant plusieurs mois.

4 Afin de la bloquer dans son logement au moment du tir.

182 - Au Pirée

Une culasse à vis ouverte.

On avait fait un rapport à l’Empereur sur cet événement ; lorsque l’officier lui fut présenté il le regarda de la tête aux pieds et lui dit :

‒ Je n’ai pas besoin d’officiers de salon. Si la raison et l’œil se montrent incapables d’agir dans le danger et si les troupes ne peuvent avoir confiance dans leurs officiers je n’ai pas besoin d’officiers. Ce n’est pas la grandeur qui fait l’homme mais la raison.

Me faut-il avouer que tout l’équipage se réjouit de ce signe de la défaveur impériale ? 5

5 Gustave Steinhauer Le détective du Kaiser (Editions Montaigne ; 1933) pp. 11-16.

182 - Au Pirée
182 - Au Pirée

Armoiries du royaume de Grèce.

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22 août 2021 7 22 /08 /août /2021 17:11

L’Adriatique constitua un front secondaire tout au long de la Première Guerre mondiale. La flotte impériale et royale austro-hongroise y fut bloquée dès le début du conflit par les flottes françaises et britanniques, renforcées en 1915 par la marine italienne. De ce fait, les navires de la double monarchie se limitèrent à des raids rapides contre les ports tenus par les Alliés et par l’envoi de sous-marins pour forcer le barrage installé dans le canal d’Otrante. C’est le récit de l’un de ces raids mené par le capitaine de vaisseau Horthy (alors commandant du croiseur Novara 1) le 5 décembre 1915 que je vous propose aujourd’hui.

1 Croiseur lancé à Fiume en février 1913. Cédé à la France qui le rebaptisera Thionville en 1920 suite au traité de Saint-Germain, il servira comme navire école de torpillage jusqu’à son déclassement en 1932 ; il sera ferraillé en 1941.

181 - Raid en Adriatique

A une autre occasion, mon « Penkala » 2 annonça que des télégrammes ennemis parlaient à plusieurs reprises d’une flotte qui devait livrer des canons pour remplacer les batteries, les munitions et les provisions détruites, et qui étaient destinée aux armées monténégrine et serbe. Il ne pouvait cependant pas déchiffrer le point de départ et le point d’arrivée de cette mission. Je réfléchissais : Durazzo 3 était trop loin du Monténégro, et Antivari 4 trop près de la baie de Cattaro 5. Je supposai qu’ils devaient débarquer à San Giovanni di Medua 6, le port albanais occupé à ce moment-là par les Serbes 7.

2 « Dans notre marine de guerre, tous les cadets et lieutenants de frégate qui ne s’étaient pas révélés particulièrement aptes au métier des armes étaient versés dans la réserve, pour pouvoir se faire une vie qui leur convînt. Au début de la guerre, le directeur général d’une grande fabrique, qui avait été autrefois cacique à l’académie de marine, mais l’avait bientôt quittée, fut mobilisé. Que pouvait-on faire de lui ? Faisons de lui notre « Penkala », proposai-je ; ce nom était celui d’un officier du contre-espionnage allemand, qui avait un don particulier pour déchiffrer les codes ennemis. Après peu de temps, notre « Penkala » à nous travaillait de façon parfaite » Mémoires de l’amiral Horthy régent de Hongrie (Librairie Hachette ; Paris, 1954) p. 63.

3 Port sur la côte d’Albanie, connu sous le nom d’Epidamne par les Grecs et de Dyrrachium par les Romains, il s’appelle aujourd’hui Durrës et constitue le principal pôle commercial du pays.

4 Port du Monténégro aujourd’hui connu sous le nom de Bar.

5 Port du Monténégro situé au fond d’une profonde ria débouchant sur l’Adriatique aujourd’hui connu sous le nom de Kotor ; longtemps occupé par les Vénitiens il appartint à l’Autriche de 1815 à 1918. Sa région est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.

6 Port du nord-ouest de l’Albanie aujourd’hui connu sous le nom de Shëngjin.

7 Dans le cadre de la campagne de 1915 dans les Balkans les troupes serbes, attaquées à la fois par les Austro-hongrois et les Bulgares, qui se repliaient vers la mer avant d’être évacuées à Corfou par les flottes alliées avaient occupé les ports albanais.

Je demandai au commandant de la flottille quatre destroyers, pour pouvoir me défendre contre une attaque à l’improviste par des forces supérieures en nombre. Je quittai le port à onze heures du soir pour tenter ma chance. L’essentiel était d’arriver sans être vu à l’entrée du port, où se trouvaient, comme nous le savions, dix canons. Nous longeâmes de très près la côte verticale albanaise et nous approchâmes de San Giovanni. Nous découvrîmes là-bas une maison d’un étage, où devaient dormir, selon nos calculs, les canonniers. Une seule salve suffit pour balayer la maison, ce qui rendit les batteries inutilisables.

181 - Raid en Adriatique

Le port de San Giovanni di Medua (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Segelschiffe_im_Hafen_v.San_Giovanni_di_Medua._(BildID_15571210).jpg).

Le cœur battant, je continuai. Allions-nous trouver quelque chose ? Bientôt nous aperçûmes, à notre grande joie, le port rempli de navires qui, comme nous devions l’apprendre plus tard, étaient arrivés la veille au soir. Ça, c’était de la chance. Si nous étions venus un jour plus tôt, nous aurions trouvé un port vide, et le lendemain la majeure partie du matériel aurait été débarquée. Je permis aux équipages des bateaux ennemis de gagner terre. Puis nous ouvrîmes le feu. Un des navires explosa, l’autre brûla, le troisième coula sans bruit. Un voilier brûlait avec des flammes curieusement jaunâtres ; je supposais qu’il était chargé de sel. Nous fîmes même un butin excellent, en nous emparant des conserves d’un bateau incendié : celles-ci devaient profiter plus tard à notre armée en Albanie.

Le travail une fois terminé, les canons ennemis, sur les hauteurs de la ville, se firent entendre. Ils tiraient cependant si mal qu’il leur fallut un quart d’heure avant que leur tir s’approchât de nous. En changeant nos positions, nous n’encaissâmes au cours de cet engagement, qui avait duré une heure et demie, qu’un seul coup direct. C’était le navire hôpital, et nous fûmes ainsi privés de notre excellent chef de division, qui, par surcroît, était le capitaine de notre équipe de football et également un excellent violoniste.

Nous avions coulé vingt-trois navires et voiliers, et pouvions rebrousser chemin, contents de nous. C’est seulement après l’occupation de San Giovanni que nous apprîmes que le port était défendu par une triple rangée de mines nous avions réussi à la forcer. Notre action devait se révéler une excellente préparation pour l’attaque de Lovtchen, en 1916 8.

8 Le mont Lovtchen domine les bouches de Cattaro et protégeait à l’époque la route de la capitale du Monténégro. Après l’écrasement de la Serbie, l’armée austro-hongroise défit l’armée monténégrine et le gouvernement du royaume fut finalement contraint de capituler le 23 janvier 1916.

Pendant le trajet de retour, le destroyer Warasdiner 9 annonça un sous-marin ennemi qui s’était échoué. Il s’agissait du sous-marin français Fresnel 10 qui se trouvait sur un banc de sable à l’embouchure du Bojana 11. J’y envoyai les officiers, sur une barque à moteur, pour qu’ils conduisent l’équipage français à bord et qu’ils examinent si nous pouvions remorquer le sous-marin. Cela se révéla impossible, car une torpille avait explosé à l’intérieur du tube, et avait déchiqueté l’avant du sous-marin. Il fallut tirer quelques coups pour obliger l’équipage à capituler. Le commandant français, le lieutenant de vaisseau Jouan 12, était désespéré. Il guettait depuis quelques semaines, sans le moindre succès, et maintenant il était même échoué au seul endroit dangereux de cette côte rocheuse 13. Je le consolai aussi bien que je pus.

9 Destroyer initialement lancé en 1913 à Trieste sous le nom de Lung Tuan pour le compte de la Chine, il fut racheté par l’Autriche-Hongrie dès le début de la guerre ; il sera cédé à l’Italie en 1920 avant d’être démantelé l’année suivante.

10 Sous-marin de la classe Pluviôse (Q65) envoyé en Adriatique pour participer au blocus de la flotte austro-hongroise.

11 Fleuve albanais de 41 kilomètres de long, actuellement connu sous le nom de Buna.

12 René Stanislas Jouen (1883-1964) était commandant du Fresnel depuis le 16 janvier 1914 ; il sera cité à l’ordre de l’armée navale pour son comportement lors de la perte de son navire : « Son bâtiment s’étant échoué, a pris judicieusement toutes les mesures que comportait la situation, a su inspirer à ses hommes le sang-froid et le courage les plus parfaits et n’a rendu à l’ennemi qu’un bâtiment inutilisable » (informations tirées de : http://ecole.nav.traditions.free.fr/officiers_jouen_rene.htm). L’amiral Horthy, à moins que cela ne soit son traducteur, l’ont sans doute confondu avec René Marie Jouan (1894-1972), officier de marine et écrivain prolifique.

13 Cet échouage n’était pas dû à une erreur de navigation mais à l’attaque du bâtiment par le SMS Warasdiner et par des hydravions de la marine austro-hongroise.

181 - Raid en Adriatique

Le Fresnel (image tirée de la notice wikipédia en allemand qui lui est consacrée).

Arrivé à Bocche 14, on interna les prisonniers de guerre. Le lendemain, notre mort, ainsi qu’un Français qui avait succombé à ses blessures, à bord, furent solennellement ensevelis. Le cercueil du Français était recouvert du drapeau tricolore, et orné du même nombre de couronnes que celui de mon chef de division. Au lieutenant Jouan, j’avais donné mon adresse et l’invitai à m’écrire s’il avait besoin de quelque chose pendant son temps de détention. A sa demande, je lui envoyai plus tard des livres français.

14 Cattaro.

Après la première guerre mondiale, je reçus, à la demande de l’ambassade de France, deux journalistes parisiens. J’étais très économe en interview, car on vous attribuait souvent des paroles qu’on n’avait pas prononcées. Mais les deux Français s’en tinrent à ma demande, et ne me posèrent pas de questions compromettantes. Ils se bornèrent à quelques détails au sujet du Fresnel. Le Temps 15 avait en effet publié une interview exacte, mais le journaliste avait malheureusement confondu le Fresnel avec un autre sous-marin, le Monge 16. Le premier officier de ce dernier protesta, dans Le Temps, mais le lieutenant Jouan avait immédiatement répliqué en précisant qu’il s’agissait d’une confusion, et souligné avec quelques mots très amicaux l’accueil chevaleresque qui leur avait été réservé, à lui et à ses camarades. Il est à craindre qu’au cours de la seconde guerre mondiale, de pareils faits ne se soient pas reproduits. 17

15 Quotidien conservateur fondé en 1861 ; c’est un des grands journaux de l’époque principalement destinés aux élites de la société. Il avait son siège dans l’immeuble situé au 5-7 rue des Italiens (lequel accueille aujourd’hui le pôle financier du tribunal de grande instance de Paris).

16 Sous-marin de la classe Pluviôse (Q67) détaché à Brindisi lors de l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés des Alliés. Eperonné le 28 décembre 1915 par le croiseur Helgoland, il parvient à rejoindre la surface où il se saborda pour ne pas tomber aux mains de la marine austro-hongroise ; son commandant, le lieutenant de vaisseau Roland Morillot, deux quartiers-maîtres et le chien mascotte du bâtiment disparurent dans le naufrage.

17 Mémoires de l’amiral Horthy régent de Hongrie pp. 63-66.

En guise d’épilogue à ce raid, le BBPD (bâtiment base de plongeurs démineurs) Pluton de la marine française a effectué en juillet de cette année une mission en Adriatique qui lui a permis de localiser deux épaves qui pourraient bien être celles du Monge et du Fresnel : http://www.opex360.com/2021/08/01/la-marine-nationale-a-repere-les-epaves-presumees-de-deux-de-ses-sous-marins-coules-en-1915/

En écrivant ce billet, j’ai une pensée respectueuse pour mon grand-père maternel, Jean-Marie Riou (Telgruc 1894 - Brest 1968), alors matelot sur le contre-torpilleur Bombarde.

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 20:48
180 - Garder la ligne

Garder la ligne n’est pas une préoccupation exclusive de notre époque. Le Kaiser s’y était déjà plié sans attendre nos modernes salles dites de fitness ou ces régimes alimentaires présentés à longueur de publicité télévisée. On découvrira aussi le caractère assez taquin de l’empereur vis-à-vis d’une personne qui ne l’avait sans doute pas reconnu…

La Cour demeure à Wilhelmshöhe 1 chaque année au mois d’août, quand la chaleur humide du Nouveau Palais 2 devient par trop intenable. L’Empereur, y échange chaque après-midi son uniforme contre un complet de flanelle et porte un panama, il fait de longues courses à travers bois et sur les collines, cherchant ainsi à se débarrasser un peu de l’embonpoint qui, en dépit de son activité, a quelque peu empiété au cours des deux dernières années sur sa tournure élégante. Il a horreur de devenir corpulent, et tient l’ennemi en échec avec une opiniâtreté caractéristique.

1 Château bâti entre 1786 et 1798 près de la ville de Cassel. Napoléon III y fut interné après sa reddition à Sedan et le jeune Guillaume II y résida plusieurs fois lors de ses études à Cassel.

2 Le Nouveau Palais de Potsdam avait été bâti par Frédéric II. C’était une des résidences préférées de Guillaume II qui y avait fait installer un chauffage central à vapeur et avait électrifié l’ensemble des lustres frédériciens.

180 - Garder la ligne

Un jour son fils le prince Adalbert, qui sert à Kiel dans la marine, donna un bal paré et masqué. L’Empereur y vint ; il ne fut pas reconnu par les invités : il portait le costume de son ancêtre le Grand Electeur, perruque flottante, l’habit long et les culottes de l’époque. Pendant la première partie du bal les danseurs étaient masqués, et l’empereur causait avec une dame ; elle le prit pour le Kronprinz, qu’elle connaissait très bien, et lui dit d’un ton malicieux :

« Votre Altesse Impériale est magnifiquement déguisée. Mais comment a-t-elle fait pour paraître si grosse ? Un petit coussin qu’elle a glissé en dessous, je suppose ? »

180 - Garder la ligne

Sa Majesté racontait souvent cette petite aventure, surtout quand cette dame, qui avant son mariage faisait partie de la suite de l’Impératrice, était présente. Il roulait alors les yeux avec une colère feinte en disant :

« Naturellement, il n’y avait pas de coussin, mais je crois qu’elle le disait exprès. Elle savait très bien qui j’étais. »

Parcourir tant de kilomètres par un soleil si ardent n’allait pas sans fatigue, et, quoique l’Impératrice elle-même fût à cette époque une bonne marcheuse, elle avait fort à faire pour suivre son énergique mari ; et la Princesse 3 avouait franchement qu’elle était à demi morte après une de ces dures promenades de papa. Les Allemands d’un certain âge, surtout à la Cour, se livrent rarement à l’exercice de la marche, à moins qu’ils ne veuillent en faire une sorte de cure. C’est alors comme un rite solennel et important : ils flânent sous les arbres le chapeau à la main, avec des pauses fréquentes et contemplent le paysage ; mais ce n’est pas ainsi que l’Empereur comprend la marche. 4

3 Louise de Prusse, unique fille du Kaiser.

4 Miss Topham Souvenirs de la cour du Kaiser (Librairie Delagrave ; Paris, 1915) pp. 190-192.

180 - Garder la ligne

Touristes allemands caricaturés par Hansi.

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30 juin 2021 3 30 /06 /juin /2021 17:17
179 - Ah les braves gens !

A la fin de l’année 2018, un groupe d’élèves le la classe de rhétorique 1 de l’institut Saint-André d’Uxelles a souhaité réagir à la parution d’un article paru peu avant dans La Libre Belgique 2 attribuant la responsabilité de la première guerre mondiale au Kaiser. Par un louable souci d’objectivité, La Libre Belgique a publié cette sorte de droit de réponse dans son numéro du 5 décembre 2018 3.

1 Soit l’équivalent des classes de terminale de l’enseignement général en France.

2 Quotidien belge francophone.

3 L’original de cet article peut être consulté sur : https://www.lalibre.be/debats/opinions/l-empereur-guillaume-ne-peut-pas-etre-tenu-pour-le-responsable-unique-de-la-premiere-guerre-mondiale-5c07e897cd70e3d2f7157c25.

Contrairement à mes habitudes, je ne reporterai pas en caractère italique le contenu de cet article et respecterai la typographie de son édition originale, me contentant de reporter les notes des auteurs au bas du paragraphe concerné.

L’empereur Guillaume ne peut pas être tenu pour le responsable unique de la première guerre mondiale

Nous sommes des élèves de rhétorique en option histoire à l’Institut Saint-André d’Ixelles. Nous travaillons régulièrement sur la presse et l’actualité, analysant des articles de fond, nous interrogeant sur les très controversées "fake news". Nous avons été interloqués par l’article "Le Kaiser, responsable de 18 millions de morts n’a jamais été jugé" [1] paru ce 10 novembre dans vos pages. Il commence par ces mots : "Autant il est clair que, sans Hitler, il n’y aurait pas eu de guerre en 1940, autant l’empereur Guillaume doit être tenu pour le responsable unique de cette première guerre mondiale qui a fait, militaires et civils confondus, 18 millions de morts". Comment, après plus de 4 ans de commémorations du centenaire de la guerre 14-18, est-il encore possible de désigner un unique individu comme seul responsable d’une guerre et de la mort de millions de personnes? C’est revenir à certaines idées du traité de Versailles et balayer 100 ans de recherche, c’est faire fi de l’esprit critique et de la responsabilisation de chacun dans la marche du monde. A 17 ans, nous tenons à développer notre point de vue, le plus nuancé et critique possible.

[1] dans La Libre Belgique, samedi 10 et dimanche 11 novembre 2018, p. 6, par E. Przybylski.

La responsabilité des autres nations européennes écartée

Cet article, dès la première ligne, écarte une quelconque responsabilité des autres nations européennes dans le déclenchement de la guerre. Nous ne ré-expliquerons pas ici le mécanisme bien connu du système des alliances mis en place dès 1882 par l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, renforcé en 1892 par la Russie et la France. Nous ne nous pencherons pas non plus sur l’attitude d’une France isolée et revancharde, ni d’une Russie fragilisée et inquiète devant la montée de la puissance Allemande... Arrêtons-nous cependant sur la situation en Autriche-Hongrie et en Serbie.

179 - Ah les braves gens !

Caricature de l’époque (tirée de https://histoire-image.org/fr/etudes/dessous-cartes).

Pour le grand empire multi-ethnique austro-hongrois, la consolidation de ses postions dans les Balkans était une priorité. La plupart des historiens autrichiens dont A. Weigl [2], archiviste viennois, s’accordent pour affirmer que le vieil empereur François-Joseph de 84 ans et son entourage voulaient ce conflit contre la Serbie. En déclarant la guerre à son voisin, l’empire des Habsbourg provoque une déflagration mondiale que 4 ans de guerre ne suffiront pas à apaiser.

[2] B. GAUCEQUELIN, Vienne, l’amnésique, 29 septembre 2014 sur www.liberation.fr, page consultée le 13 novembre 2018.

L’attentat de Sarajevo a souvent été considéré comme un prétexte pour mettre le feu aux poudres. Le nationalisme panserbe n’est pourtant pas un nouveau-né de l’année 1914, il se développe en Serbie des décennies avant la funeste journée du 28 juin. De plus, le climat est déjà particulièrement hostile entre la Serbie et l’Autriche depuis 1906. Selon l’australien Christopher Clark [3], le président serbe Pašić 4 a joué un rôle trouble car, même s’il ne contrôlait pas le mouvement de la "Main Noire" 5 dont faisait partie Princip, l’assassin de François-Ferdinand, il était au courant qu’il allait se passer quelque chose et il n’avait pas averti clairement l’empereur d’Autriche des intentions du groupe terroriste. J-J Becker [4], lui, nuance l’image d’une Serbie nationaliste et unie soulignant qu’au sein du pays, certaines voix s’étaient élevées en faveur d’un accord avec l’Autriche 6 et contre le refus de l’ultimatum du géant austro-hongrois.

[3] Ch. CLARK, Les somnambules, été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre, Flammarion, 2013. « Le déclenchement de la guerre de 14-18 n’est pas un roman d’Agatha Christie à la fin duquel nous découvrons le coupable, debout près du cadavre dans le jardin d’hiver, un pistolet encore fumant à la main. Il n’y a pas d’arme du crime dans cette histoire, ou plutôt il y a en a une pour chaque personnage principal. Vu sous cet angle, le déclenchement de la guerre n’a pas été un crime, mais une tragédie ».

[4] J.-J. BECKER, L’ombre du nationalisme serbe dans Vingtième siècle, revue d’histoire, 2001/1, n°69, p 7-29.

4 Nikola Pasic (1845-1926) était alors président du conseil du roi Pierre Ier de Serbie.

5 Société secrète nationaliste serbe fondée en 1911 dont le but était de réunir en un état unique tous les territoires des Balkans où habitaient des Serbes (même si ces derniers n’en constituaient pas la majorité de la population). En 1917, jugeant qu’elle était devenue trop influente dans l’armée, le gouvernement serbe en exil fit arrêter, juger et, parfois, exécuter ses dirigeants.

6 Depuis son émancipation de la tutelle de l’empire ottoman, la Serbie oscillait entre une alliance avec l’Autriche-Hongrie, puissance régionale du nord des Balkans, ou avec la Russie, protectrice autoproclamée des Slaves. C’est d’ailleurs l’assassinat du roi Alexandre Ier  Obrénovitch – jugé trop proche de l’Autriche – et de son épouse la reine Draga par la Main Noire le 11 juin 1903 qui avait porté sur le trône Pierre Ier Karageorgevitch.

La personnalité de Guillaume II

Revenons à la personnalité de Guillaume II qui semble bien plus complexe que ce qui est avancé. L’historien Henri Bogdan [5] affirme qu’avant !14, il ne prend pas de décisions "guerrières " et est plutôt en faveur de la paix durant les deux guerres balkaniques. Certains pourraient, il est vrai, y voir un calcul machiavélique pour mieux préparer l’explosion de l’année 14. Selon le géopoliticien Charles Zorgbibe [6], le Kaiser est loin d’être un monarque absolu. Durant la grande guerre, s’il reste commandant en chef de l’armée, il ne gouverne pas seul. De plus, ses généraux prennent fréquemment des décisions sans lui et le surnomment d’ailleurs "l’empereur absent". Ne doit-on donc imputer aucune responsabilité à la classe politique et militaire allemande pendant ces 4 années de conflit?

[5] H. BOGDAN, Le Kaiser Guillaume II, dernier empereur d’Allemagne, Tallandier, 2014.

[6] Ch. ZORGBIBE, Guillaume II, le dernier empereur allemand, Ed. de Fallois, 2013.

179 - Ah les braves gens !

Quant aux relations entre Guillaume II vieillissant et Hitler, force est de constater qu’elles sont à nouveaux plus ambiguës que ce qui est dépeint dans votre article. Plusieurs historiens et chercheurs affirment que le Kaiser déchu s’est très vite distancié d’Hitler et du nazisme disant même sa honte d’être allemand après la nuit de Cristal de 1938 [7]. Il félicitera malgré tout le führer lors de l’entrée de la Wehrmacht à Paris en 1940. Hitler, celui sans lequel il n’y aurait pas eu de guerre en 1940, affirmait l'article du 10 novembre… Peut-être voulait-il parler de cette guerre qui débuta en 39 et que l’on peut elle aussi imputer à de multiples facteurs, mais cela, c’est une autre histoire !

[7] J. FRANCK, Qui était donc le Kaiser ?, 23 septembre 2013 sur www.lalibre.be, page consultée le 13 novembre 2018.

Une responsabilité partagée

En conclusion, la responsabilité de la guerre 14-18, de ses millions de morts, est partagée, cela ne fait aucun doute. Loin de nous l’idée de disculper le Kaiser allemand, mais cet article fait preuve d’un manque total de nuance. Comment expliquer une opinion aussi radicale et erronée alors que 25 000 articles sont parus sur le sujet depuis 1918 [8], et que, durant cette décennie de commémoration, plusieurs essais majeurs sont encore sortis concernant cette question? Depuis Fritz Fisher en 1961, personne ne semble défendre la thèse d’une responsabilité unique du conflit… Pour nous, primo-électeurs belges et européens de 2019, cette question est cruciale et dépasse largement les débats de spécialistes. Tenir 2 hommes pour seuls initiateurs de 2 guerres mondiales causant plus de 70 millions de morts, nous dédouane totalement de notre responsabilité d’électeur et de citoyen, est-ce là le message que vous voulez faire passer aux jeunes générations ?

[8] L. MUSSAT, Nouveaux regards sur l’origine du conflit, 2014, sur www.le journal.cnrs.fr, page consultée le 13 novembre 2018.

En dépit d’une conclusion très politiquement correcte, on ne peut que saluer cette volonté d’innocenter le Kaiser dans un pays qui a très largement souffert des excès des autorités et des troupes allemandes pendant les cinq ans d’occupation du pays au cours de la première guerre mondiale et dont vous trouverez dans la vidéo qui suit l’un des tristes exemples :

Accessoirement, dans notre pays où un certain bicentenaire a fait l’objet de nombre de polémiques marquées par l’esprit de parti le plus étriqué, on aurait aimé pouvoir trouver des élèves français capables de prendre la plume pour défendre, à l’exemple de leur homologues belges (ces braves gens), dans un article aussi bien documenté et rédigé, monsieur de Buonaparte…

179 - Ah les braves gens !
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