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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 18:29
71 - Le Kaiser vous parle

« Avec Dieu pour l’Empereur et la Patrie ! »

Si, de sa propre initiative ou sur les conseil jusqu’ici peu inspirés de ses « communicants », un chef d’état n’ayant somme toute pas grand-chose à dire se sent obligé de prendre la parole au moment de sa fête nationale, à plus forte raison un souverain qui va faire entrer son pays dans une guerre terrible se doit de prononcer des phrases inoubliables pour motiver ses soldats et ses sujets. En 1914 le Kaiser le comprit bien en prononçant une série de discours entre le 31 juillet et le 6 août, lesquels forment une sorte de « thème et variations » sur la situation politique du moment. Ce sont eux je vous présente aujourd’hui.

Alors, chapeaux bas, échine courbée et entendement respectueux : le Kaiser vous parle…

71 - Le Kaiser vous parle

Le Kaiser s’adressant à la foule du haut d’un balcon du palais de Berlin le 31 juillet 1914.

Donc, dès le 31 juillet 1914, en réponse à la mobilisation générale russe, Guillaume II proclama l’état de guerre imminente, prélude à la mobilisation générale. Puis il s’adressa à la foule massée devant le palais royal de Berlin.

Une heure terrible s’est abattue aujourd’hui sur l’Allemagne. De partout des envieux nous contraignent à une juste défense. On nous presse l’épée à la main. Dans cette dernière heure, si mes efforts pour ramener la paix n’aboutissent pas 1, j’espère qu’avec l’aide de Dieu nous manierons l’épée de façon à pouvoir la remettre avec honneur dans son fourreau. D’énormes sacrifices en biens et en sang seraient demandés par une guerre au peuple allemand. A nos adversaires nous démontrerions  ce que veut dire attaquer l’Allemagne. Et maintenant, allez à l’église agenouillez vous devant Dieu et priez [pour demander] son aide pour notre brave armée ! 2

1 Il ne s’agit pas seulement là d’une simple formule rhétorique : tout au long de la crise de juillet 1914, le Kaiser est resté en correspondance écrite ou télégraphique avec le Tsar pour tenter de réduire le conflit à venir à une simple guerre austro-serbe ; son dernier télégramme à Nicolas II est d’ailleurs daté du 1er août à 23 h 55.

2 Mon excellent traducteur m’a signalé que cette proclamation a été prononcée dans un style très alambiqué, qui ne sera pas celui des discours suivants.

71 - Le Kaiser vous parle
71 - Le Kaiser vous parle

Deux  cartes postales de propagande donnant le texte de l’allocution du 31 juillet 1914, avec le Kaiser dans deux uniformes différents.

Dès le lendemain, la mobilisation générale était proclamée et le territoire du Reich se couvrait d’affiches comme celle ci-dessous, spécifique au territoire du royaume de Bavière.

71 - Le Kaiser vous parle

Mobilisation générale

Berlin le 1er Août 1914, 6 Heures du soir.

Le Kaiser a déclaré la Mobilisation.

Le Texte de la Proclamation Impériale parue dans le Journal officiel de l’Empire dispose :

         « Par la présente, je décide ce qui suit : L’Armée Allemande et la Marine Impériale sont mises sur le Pied de guerre conformément aux mesures fixées par le Plan de mobilisation. Le 2 Août 1914 sera le premier jour de Mobilisation. »

Berlin, le 1er Août 1914.

Guillaume I.R.

v. Bethmann Hollweg

Munich, 1er Août 1914, 7 Heures 20 Minutes du soir. 3

Le Roi 4 a ordonné la Mobilisation de l’Armée bavaroise.

3 On remarquera qu’il n’aura fallu qu’une heure et vingt minutes pour que Munich imprime les ordres de Berlin.

4 Louis III (1845-1921), était roi de Bavière depuis le 5 novembre 1913.

71 - Le Kaiser vous parle

Discours du trône du 4 août 1914. Au premier plan, de dos, on reconnaît le général von Motlke, chef d’Etat-major général ; au dessus de lui, portant un casque emplumé, le chancelier Theobald von Bethmann-Hollweig.

Le Kaiser dut ensuite s’adresser aux parlementaires allemands réunis en séance solennelle le 4 août au palais royal de Berlin. A cette occasion, il prononça le discours les plus longs et le plus travaillé de ceux que nous présentons aujourd’hui.

71 - Le Kaiser vous parle

Carte postale de propagande portant un extrait du discours du trône (on notera le liseré noir-blanc-rouge

autour de la carte).

Messieurs,

En cette heure grave pour notre destinée, j’ai rassemblé les représentants élus du peuple allemand autour de moi. Depuis presque un demi-siècle nous avons pu demeurer sur le chemin de la paix. Des épreuves, l’imputation à l’Allemagne de prédispositions guerrières, la limitation de sa place dans le monde ont souvent soumis à rude épreuve la patience de notre peuple. Avec une inébranlable bonne foi mon gouvernement a promu au milieu de circonstances remplies de défis le développement de nos forces morales, intellectuelles et économiques comme but suprême. Le monde a été témoin de la façon inlassable avec laquelle dans la presse et le chaos des dernières années nous nous tenions en première ligne pour épargner aux peuples de l’Europe une guerre entre les grandes puissances.

Les grands dangers, qui ont été causés par les événements dans les Balkans parurent dans un premier temps surmontés. Avec l’assassinat de mon ami l’archiduc François-Ferdinand s’ouvrit un abîme. Mon auguste allié, l’empereur et roi François-Joseph, fut contraint de prendre les armes pour défendre la sécurité de son empire contre les menées dangereuses d’un Etat voisin.

Dans la poursuite de ses légitimes intérêts, la monarchie alliée a eu le chemin barré par l’empire russe. Au côté de l’Autriche-Hongrie, ce n’est pas seulement notre devoir d’alliance qui nous appelle. Nous incombe aussi l’impérieuse mission de protéger avec l’ancienne communauté de civilisation des deux empires notre propre position contre l’assaut des forces ennemies.

Le cœur lourd, j’ai dû mobiliser mon armée contre un voisin avec lequel elle a combattu sur de très nombreux champs de bataille 5. Avec une douleur sincère, je vis se rompre l’amitié avec l’Allemagne longtemps fidèlement conservée. Le gouvernement impérial russe cédant à la pression d’un nationalisme insatiable s’est engagé au côté d’un Etat qui à la faveur d’attentats criminels a provoqué le malheur de cette guerre 6. La France aussi a pris position au côté de notre adversaire, ceci ne pouvait pas nous surprendre. Trop souvent nos efforts en direction de la République française pour parvenir à des relations amicales ont buté sur de vieux espoirs et une vieille rancune.

5 Il s’agit là d’un rappel de l’alliance de la Prusse et de la Russie lors de la « guerre de libération » contre la France de Buonaparte.

6 Allusion transparente à la Serbie.

Messieurs, ce que l’entendement et la force humaine permettent, pour armer un peuple en vue des décisions suprêmes s’est réalisé avec votre aide patriotique. L’hostilité qui à l’est et à l’ouest et depuis longtemps se propageait brûle maintenant de flammes claires. La situation actuelle ne provient pas de conflits d’intérêt passagers ou de conjonctures diplomatiques, elle est le résultat d’une malveillance agissante depuis de longues années contre la puissance et la prospérité de l’empire allemand. Ce qui nous meut n’est pas la délectation de la conquête, ce qui nous anime c’est la volonté inflexible de conserver la place où Dieu nous a mis, nous et toutes les générations futures.

A partir des pièces qui vous sont adressées, vous verrez comment mon gouvernement et surtout mon chancelier, jusqu’au dernier instant, se sont efforcés d’éviter [la solution] extrême. Dans un état de légitime défense irrépressible avec une conscience pure et une main pure nous saisissons l’épée.

Aux peuples et aux Etats 7 de l’empire allemand s’adresse mon appel, avec toute la force, et en faisant fraternellement cause commune avec nos alliés, pour défendre ce que nous avons créé au moyen d’un travail pacifique. A l’exemple de nos pères, fermes et fidèles, graves et chevaleresques, humbles devant Dieu et joyeux au combat face à l’ennemi, nous accordons notre confiance à l’éternel Tout Puissant, qu’il veuille bien fortifier notre défense et la conduire à bonne fin.

7 Guillaume II utilise ici un mot dont la traduction littérale est « tribu ». Ce mot n’ayant pas grand sens dans ce contexte, j’ai préféré le remplacer par « Etats », en référence aux différents Etats confédérés au sein de l’empire allemand ; toutefois, je n’ignore pas qu’il ne s’agit là que d’une conjecture personnelle...

Vers vous, Messieurs, se tourne aujourd’hui le regard de tout le peuple allemand rassemblé autour de ses princes et de ses dirigeants. Prenez vos décisions unanimement et rapidement. Cela est mon vœu le plus ardent.

Vous avez lu, Messieurs, ce que j’ai dit à mon peuple à partir du balcon de la résidence. Ici, je le répète : je ne connais plus de parti, je connais seulement des Allemands ! En signe de cela, alors que vous avez fermement décidé, sans différence de parti, sans différence d’origine, sans différence de confession, de tenir bon avec moi quoi qu’il arrive, dans le malheur comme dans la mort. J’invite les chefs des partis à s’avancer et d’en faire pour moi vœu sur l’honneur.

71 - Le Kaiser vous parle
71 - Le Kaiser vous parle
71 - Le Kaiser vous parle

Cartes postales de propagande rappelant l’une des phrases clefs du Kaiser : « Je ne connais plus de parti, je connais seulement des allemands ! »

Enfin, le Kaiser s’adressa directement au peuple allemand pour lui expliquer les raisons de l’entrée en guerre de l’Empire et le motiver pour la lutte à venir, même s’il ne prononce jamais le nom des pays ennemis.  7

7 Si le discours initial a bien été prononcé le 6 août 1914, le Kaiser ne s’est prêté à cet enregistrement que le 10 janvier 1918, au moment où il fallait « regonfler » le moral des troupes et du pays en prévision d’une grande offensive réputée décisive sur le front occidental.

Berlin, le 6 août 1914.

Au peuple allemand,

Depuis la fondation du Reich, il y a quarante-trois ans, nos prédécesseurs et moi-même nous sommes efforcés avec zèle de maintenir la paix mondiale et de promouvoir dans la paix notre vigoureux développement.

L’hostilité ouverte ou secrète de l’Est 8 et de l’Ouest 9, et celle de par delà la mer 10, nous l’avons jusqu’ici supporté, conscients de notre responsabilité et de notre force. On exige de nous de rester les bras croisés alors que nos ennemis s’équipent en vue d’une sauvage agression. On ne supporte pas que nous demeurions dans une fidélité résolue à notre allié, qui combat pour son statut de grande puissance et dont l’abaissement nous ferait perdre notre puissance et notre honneur 11.

8 La Russie.

9 La France.

10 Le Royaume-Uni, qui avait déclaré la guerre à l’Allemagne le 4 août.

11 Il s’agit là d’un des dogmes de la diplomatie wilhelmienne, que l’on avait déjà vu à l’œuvre en 1908, lorsque l’annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche-Hongrie avait déjà fait planer la menace d’un conflit avec la Russie.

L’épée doit donc décider. En pleine paix, l’ennemi nous attaque. C’est pourquoi, aux armes ! Toute indécision, toute hésitation trahiraient notre patrie.

Il s’agit pour le Reich d’être ou de ne pas être, ce Reich que nos pères se bâtirent de nouveau.

Il s’agit pour la puissance allemande, pour l’essence allemande, d’être ou de ne pas être.

Nous nous défendrons jusqu’au dernier souffle de l’homme et de sa monture. Nous soutiendrons ainsi le combat contre un monde d’ennemis. L’Allemagne n’a jamais été vaincue lorsqu’elle a été unie.

En avant avec Dieu, qui sera avec nous comme il l’a été avec nos pères !

71 - Le Kaiser vous parle

Carte postale de propagande rappelant l’alliance indéfectible de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

 

 

Une fois de plus, je ne peux que remercier grandement Franck Sudon pour ses traductions, même si par-ci par-là j’ai un peu modifié son travail.

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