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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 14:07

 

 

 

6

Napoléon III (vignette publicitaire de la série Die Grossen des Weltgeschichte de la firme de cigarette Eckstein-Halpaus).

 

En 1859, lorsque naquit le futur Guillaume II, la France était gouvernée par Napoléon III. Si le pays ne disposait alors pas de véritable hymne officiel, un air au titre étrangement prophétique en tenait lieu…

 

Croisades ; 1

Croisés français d’après une gravure de Philippoteaux des environs de 1850.

 

Sous le titre initial de Le beau Dunois, les paroles en avait été composées vers 1807 par Alexandre de Laborde (1773-1842), figure de la société impériale, ami de Chateaubriand et intime d’Hortense de Beauharnais. Il s’agissait d’une bluette romantique, comme le goût en était largement répandu en ce début du XIXsiècle et allait continuer à faire des ravages pour encore quelques décennies :


Partant pour la Syrie,

Le jeune et beau Dunois,

Venait prier Marie

De bénir ses exploits :

Faites, Reine immortelle,

Lui dit-il en partant,

Que j’aime la plus belle,

Et sois le plus vaillant.

 

Il trace sur la pierre

Le serment de l’honneur,

Et va suivre à la guerre

Le Comte son seigneur ;

Au noble vœu fidèle,

Il dit en combattant :

Amour à la plus belle,

Honneur au plus vaillant.

 

On lui doit la victoire.

Vraiment, dit le seigneur,

Puisque tu faits ma gloire

Je ferai ton bonheur.

De ma fille Isabelle,

Sois l’époux à l’instant,

Car elle est la plus belle,

Et toi le plus vaillant.

 

A l’autel de Marie,

Ils contractent tous deux

Cette union chérie

Qui seule rend heureux.

Chacun dans la chapelle

Disait en les voyant :

Amour à la plus belle,

Honneur au plus vaillant.

 

1

Hortense de Beauharnais.

 

Ces vers sentimentaux plurent à Hortense de Beauharnais 1 qui les mit en musique en profitant, paraît-il, d’un séjour au château de Malmaison, pendant que sa mère jouait au tric-trac ; toutefois, mon édition des mémoires de la reine Hortense étant tronquée, l’éditeur ayant jugé bon d’en ôter certains passages, je ne peux le vérifier 2.

1 Hortense Eugénie Cécile de Beauharnais (1783-1837) était la fille de Marie-Josèphe (dite Joséphine) Tascher de la Pagerie et du vicomte Alexandre de Beauharnais. Devenu belle-fille par alliance du général Buonaparte en 1796, elle épousa en 1802 Louis Buonaparte, frères de son beau-père et éphémère roi de Hollande de 1806 à 1810. De ce mariage naîtra le futur Napoléon III et d’une liaison qu’elle eut avec le général Flahaut le futur duc de Morny.

2  Puissent des tonnes de poil à gratter s’abattre sur ces éditeurs qui s’arrogent le droit de mutiler à leur gré les mémoires des défunts sans défense dont ils exploitent les écrits…

 

1-copie-1

Château de Malmaison.

 

3

Salon de musique du château.

 

Dès sa composition, cette romance connut un grand succès, qui se poursuivit sous la Restauration, et donna lieu à nombre d’arrangements, notamment pour orgues de barbarie. En 1969, pour le bicentenaire de la naissance du général Buonaparte, Tino Rossi en a donné une version particulièrement sirupeuse (disque 33 tours Columbia CFPX 1344 3). Mais il va de soi que cette chansonnette romantique devait subir une réorchestration sévère avant de devenir une marche militaire 4.

3 Sur ce disque où se commet aussi la fanfare de la garde républicaine, on trouve encore : l’Ajaccienne, Parlez-nous de lui, Le rêve passe, la Marche du 1er consul, la Marche de la garde consulaire à la bataille de Marengo, La victoire est à nous, Schöenbrunn, Dio vi salvi regina, la Marche des bonnets à poil, l’Ordonnance des fifres et tambours, la Marche d’Austerlitz et la Marche du sacre.

4 Je n’ai malheureusement pas  trouvé le nom du compositeur qui l’écrivit…

 

 

 

Cet hymne fut joué pour la dernière fois dans son rôle officiel par une fanfare allemande au château de Wilhelshöhe, près de Cassel, le 19 mars 1871 pour le départ de Napoléon III en exil. En 1886, Camille Saint-Saens le reprit pour illustrer les fossiles dans son Carnaval des animaux.

 

3-copie-1

Le château de Wilhelmshöhe.

 

 

 

Appendice

 

Cette mélodie évoquant les voyages au Levant me renvoie presque irrésistiblement à l’origine de l’expression française « travailler pour des prunes ». En effet, lors de la deuxième croisade, les troupes chrétiennes du roi Louis VII de France venues en soutien des forces de l’empereur germanique Conrad III allèrent assiéger Damas (24-28 juillet 1148) mais ne purent prendre la ville, ce qui mit fin à la croisade ; leur seule action réussie fut donc de ravager les vergers de pruniers entourant la capitale syrienne, d’où notre expression…

 

20

 

 


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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 11:42

 


 

 

La musique et les paroles du Deutschland über alles sont si étroitement associées à l’Allemagne que beaucoup s’imaginent qu’il servit d’hymne à l’empire allemand. Tel n’est cependant pas le cas ; aussi vais-je vous présenter aujourd’hui le véritable hymne impérial.

 

 

 1-copie-5

Paroles et musique du Heil dir im siegerkranz (carte publicitaire Liebig d’avant 1914, tirée d’une série consacrée aux hymnes nationaux).

 

Curieusement, ce chant est d’origine danoise et fut composé en 1790 sur l’air du God save the King pour célébrer le 41e anniversaire du roi Christian VII de Danemark et de Norvège par le pasteur Heinrich Harries (1762-1802), théologien de langue allemande né dans le duché de Schleswig alors possession danoise.

 

7-copie-2

Christian VII (1766-1808) d’après une lithographie du XIXe siècle.

 

Composé dès l’origine en allemand, langue du duché de Schleswig, et ne pouvant matérialiser la domination de l’un des états fédérés sur les autres au sein de l’empire allemand cet hymne dut adopté en 1871 par le nouvel état en remaniant légèrement les paroles (notamment en remplaçant systématiquement le mot « König » par le mot « Kaiser » et en germanisant tout ce qui faisait allusion au Danemark). En ne faisant allusion à aucun des états du Reich il n’était donc destiné qu’à exalter le patriotisme allemand et le respect de l’Empereur.

Ce chant est marqué par des outrances qui peuvent aujourd’hui nous paraître grotesques ou choquantes mais qui n’apparaissaient pas comme telles à l’époque. D’ailleurs il en va de même pour bien des hymnes actuels et ceux de mes lecteurs français qui pourraient s’en moquer feraient bien de relire sept fois les paroles de la Marseillaise avant de se montrer trop hilares…

Et, afin de laisser chacun libre d’en juger, voici maintenant ce chant avec la traduction qu’en donne Wikipedia.

 

49

Carte postale de propagande éditée pendant la première guerre mondiale.

 

Heil dir im Siegerkranz,

Salut à toi dans la couronne de victoire,

Herrscher des Vaterlands !

ô souverain de la patrie !

Heil, Kaiser, dir!

Salut à toi, ô Empereur !

Fühl in des Thrones Glanz

Eprouve dans la brillance du trône

die hohe Wonne ganz,

le haut délice en totalité,

Liebling des Volks zu sein !

d’être le favori du peuple !

Heil Kaiser, dir !

Salut à toi, ô Empereur !

 

 

Nicht Ross, nicht Reisige

Ni destriers, ni hommes d'armes

sichern die steile Höh,

ne sauvegardent la raide hauteur,

wo Fürsten stehn.

où les monarques sont situés.

Liebe des Vaterlands,

L’amour de la patrie,

Liebe des freien Manns

l’amour des hommes libres

gründen den Herrscherthron

fondent le trône du souverain

wie Fels im Meer.

comme un roc dans la mer

 

 

Heilige Flamme, glüh,

Flamme sacrée, brasille,

glüh und erlösche nie

brasille et ne t’éteins jamais

fürs Vaterland !

Pour la Patrie !

Wir alle stehen dann

Nous nous mettrons donc tous debout

mutig für einen Mann,

courageux pour un seul homme,

kämpfen und bluten gern

lutterons et saignerons volontiers

für Thron und Reich !

Pour le trône et l’Empire !

 

 

Handel und Wissenschaft

Le commerce et les sciences

heben mit Mut und Kraft

avec courage et force

ihr Haupt empor.

se lèvent haut.

Krieger- und Heldentat

Les actes des guerriers et des héros

finden ihr Lorbeerblatt

y trouvent leurs lauriers,

treu aufgehoben dort,

fidèlement conservés

an deinem Thron.

À ton trône.

 

 

Dauernder stets zu blühn,

Qu’au nom d’une floraison durable,

weh unsre Flagge kühn

notra pavillon flotte hardiment

auf hoher See,

en haute mer,

wie auch so stolz und hehr

autant que fier et sublimement

wirft über Land und Meer

au-dessus des pays et des mers

weithin der deutsche Aar

l’aigle allemand jette au loin

flammenden Blick !

Son regard enflammé !

 

 

Sei, Kaiser Wilhelm, hier

Sois ici, ô empereur Guillaume,

lang deines Volkes Zier,

très longtemps la parure de ton peuple,

der Menschheit Stolz !

la fierté de l’Humanité !

Fühl in des Thrones Glanz

Eprouve dans la brillance du trône

die hohe Wonne ganz,

le haut délice en totalité,

Liebling des Volkes zu sein !

D’être le favori du peuple !

Heil, Kaiser, dir !

Salut à toi, ô Empereur !

 

 

47

Carte de propagande éditée pendant la première guerre mondiale au profit de la Croix rouge allemande.

 

 

1

 

 

 

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